L’Irish Citizen Army, « première armée rouge en Europe ».

1913, Dublin est secouée par une grève sans précédent. L’IGTWU, le syndicat le plus combatif et révolutionnaire d’Irlande est en effet pris à partie par le patronat de la ville. De la brasserie Guiness jusqu’au docks, tout le patronat dublinois est organisé derrière le très capitaliste Murphy afin de tenter de battre ce syndicat qui le gêne. Un véritable déchaînement de violence contre le syndicat à lieu. Lock-out, licenciement des travailleurs arborant les couleurs syndicales, papier leur faisant jurer sur l’honneur de ne pas être syndiqués avant d’être embauchés. C’est dans ce contexte que l’ICA va se créer et trouver sa place dans la lutte ouvrière.

En effet, le patronat, organisé, attaque les piquets de grèves, les milices patronales se déchaînent et l’autodéfense des travailleurs devient vitale dans le cadre de leurs luttes. Ainsi l’ICA est créée dans un premier but, celui de protéger les piquets de grèves et attaquer sur leur terrain les milices patronales. Voici donc une des premières particularités de cette organisation républicaine, l’idéologie socialiste et révolutionnaire qui anime ses membres.

L’ICA créée le 23 novembre 1913 en Irlande est une des composantes de la lutte républicaine irlandaise, néanmoins, dès sa création jusqu’à sa décapitation lors de l’insurrection de 1916, elle est représentative d’une volonté d’indépendance révolutionnaire et socialiste. A bien des égards elle ne ressemble pas aux organisations auxquelles elle s’allie au cours de l’insurrection de Pâques. Dans un premier temps même si la volonté d’indépendance fait partie de sa ligne politique et anime l’esprit de beaucoup de ses membres, cette organisation n’est pas créée dans ce but unique…

Les origines socialistes de l’ICA sont à chercher dans un premier temps dans la vision politique du syndicat au côté duquel cette force armée lutte. L’Irish Transport and General Workers’ Union est une des structures de lutte des classes les plus importantes de son époque en Irlande occupée. Cette structure qui mêle idéologie républicaine, lutte des classes et socialisme révolutionnaire est en première ligne dans le combat contre contre le patronat anglais et irlandais. Leur plus grand adversaire à Dublin est d’ailleurs Murphy, catholique de confession.

Les positions de ce syndicat le place de fait dans le viseur de la répression. Répression armée, mais aussi générale de la classe ouvrière Irlandaise. Ces attaques majeures contre le peuple conduisent le mouvement ouvrier à se doter d’un bras armé afin d’y faire face. Ainsi née l’ICA, que Lénine définira comme « la première armée rouge en Europe ». Les principes de création de l’ICA sont pluriels, répondre aux attaques organisées du patronat, remettre en cause la colonisation anglaise en Irlande au travers des armes mais aussi préparer la révolution. Le socialisme est donc dès le départ indissociable de la création de l’ICA et marquera durablement cette organisation ainsi que l’IRA et d’autres organisations nationalistes par la suite.

Seconde spécificité de l’ICA sur l’échiquier politique irlandais de l’époque, l’origine de ses leaders. En effet James Larkin comme James Connolly sont d’origine écossaise et non irlandaise. Conolly est né à Edimbourg de parents d’origine irlandaise. Larkin quant à lui, aussi membres d’une famille d’origine irlandaise voit le jour dans les bidonvilles de Liverpool. Les deux futurs leaders ouvriers rejoindront l’Irlande plus tard, Larkin en 1907 et Connolly en 1896. Les deux principaux leaders de l’ICA sont donc des descendants d’irlandais revenus sur l’île plus tard. Ces deux leaders sont issus de familles ouvrières et très tôt investis dans la lutte de leur classe. Au moment de la grande grève de Dublin ce sont déjà des militants aguerris, Connolly est déjà l’auteur de plusieurs publications et Larkin est un militant révolutionnaire des plus respectés. La renommé de ces deux leaders dépassent les seules frontières de l’Irlande et ils sont connus jusqu’aux USA.

Arrestation de « Big » Jim Larkin

Si Larkin est un syndicaliste révolutionnaire qui vise au reversement du capitalisme par la classe ouvrière, James Connolly quant à lui intègre bien plus que Larkin le nationalisme et le républicanisme à sa pensée socialiste, tout en restant un syndicaliste révolutionnaire : « Pour lui les questions nationaliste et socialiste étaient étroitement liées. La lutte pour l’indépendance passait donc, avant tout, par l’organisation d’une base prolétaire unifiée »1.

James Connolly

Une troisième figure est celle de Jack white qui participe avec Larkin et Connolly à la création de l’ICA. Jack White est un homme au parcours compliqué. Né en Irlande du nord dans une famille anglicane, il intègre l’armée britannique et voyage dans tout l’empire britannique, ce n’est qu’à son retour en Irlande, où il sera pris dans les différentes crises politiques de son époque et au contact de Connolly qu’il deviendra socialiste et mettra son savoir-faire militaire au service de la cause de l’ICA.

L’ICA est de plus le seul groupe armé de son époque à avoir une femme membre de son commandement : la Comtesse Constance Markiewicz, surnommée la comtesse rouge, est commandante en second lors de l’insurrection de Pâques et commandante de la brigade féminine. Constance Markievicz n’est pas comtesse dans les faits. Elle est issue d’une famille très aisée et voit le jour à Londres. Elle gravite dans les milieux artistiques londoniens et embrasse la cause des suffragettes. A Noël 1896 elle organise un meeting appelant les femmes d’Irlande à rejoindre la Ladies Land League, une organisation féminine défendant les fermiers les plus pauvres face aux grands propriétaires. Arrivée en Irlande, son engagement socialiste ne s’arrête pas mais sa haine de la monarchie britannique et de l’empire s’amplifie. Elle intègre le Sinn Fein (plus grand parti républicain de son époque) en 1908 et par la suite Cumman na mBan, une organisation paramilitaire républicaine féminine. Au fil de ses engagements elle intégrera l’ICA, synthèse de son engagement socialiste et indépendantiste.

Constance Markievicz, la « comtesse rouge »

Les portraits de ces principaux leaders nous renseignent sur la nature de l’ICA. Loin de seulement chercher à recruter dans les milieux catholiques, sa cause est celle de tout le prolétariat de l’île. Chacun de ces individus est représentatif du socialisme irlandais de cette époque, au travers du refus du sectarisme religieux et d’une violence assumée contre la bourgeoisie de l’île, que cette dernière soit catholique ou anglicane.

L’ICA depuis 1913 a fait le coup de poing et le coup de feu dans les rues de la capitale irlandaise. Mais son baptême du feu face à l’armée britannique arrive en pleine guerre mondiale.

Membres de l’ICA en uniformes et en armes.

Le 24 Avril 1916, Dublin est secouée par une insurrection. Une alliance de différents groupes nationalistes tente de profiter de la situation pour créer une insurrection nationale qui arracherait l’Irlande aux mains de l’empire britannique. Au côté de l’Irish Republican Brotherhood, des Irish Volunteers, nous retrouvons plusieurs centaines de volontaires de l’ICA. James Connolly fera partie du commandement militaire de l’insurrection pour l’ICA. Les combats font environ quatre cents morts et plus de deux mille blessés, la rébellion est décapitée avec l’exécution de ses leaders, le 12 mai James Connolly est executé attaché à une chaise car il ne peut se tenir debout du fait de ses blessures, et la comtesse Markiewicz est emprisonnée mais échappe à l’exécution car elle est une femme Larkin et White ne sont pas présent aux moments des faits.

La répression britannique et le manque de soutien massif des irlandais fera échouer l’insurrection. Les pertes sont élevées et les leaders sont tous exécutés. S’en est fini des différents groupes nationalistes, suite à ce soulèvement un seul émergera durablement : l’IRA dont l’esprit restera marqué par celui du socialisme de l’ICA. Même si l’ICA continuera d’exister de manière moribonde jusque dans les années 30. Cette persistance du socialisme de l’ICA se retrouve à travers la mémoire de Conolly mais aussi dans des symboles comme le starry Plough, symbole de la classe ouvrière irlandaise qui jusqu’à nos jours flotte fièrement dans les manifestations nationalistes en Irlande occupée.

1 Agnès Maillot, IRA, Presse universitaire de Caen

Quelques chansons :

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